Expression directe

L’impact de l’actionnariat salarié sur la performance financière de l’entreprise

Quel est vraiment l’impact de l’actionnariat salarié sur la performance financière de l’entreprise et la politique de distribution des dividendes des entreprises de 85 entreprises du SBF 120 ? Au-delà des a priori, deux chercheurs français, Cécile Cézanne et Xavier Hollandts, ont étudié précisément la question. Ils publient leur résultat dans la revue Economie et statistiques de l’Insee (ici : article), et en voici le résumé… 

Tout d’abord, l’article offre un résumé de la littérature économique étudiant le lien entre actionnariat salarié et performance de l’entreprise :

  • Des économistes ont statistiquement démontré que la participation des salariés au capital de l’entreprise a des effets positifs sur la performance de l’entreprise. En alignant les intérêts des actionnaires et des salariés, l’actionnariat salarié serait un outil efficace d’incitation du salarié à accepter la maximisation de la valeur financière restituée par l’entreprise aux actionnaires ;
  • L’actionnariat salarié porte également un intérêt managérial, en incitant les salariés à augmenter leur productivité afin de faire croitre la valeur créée par l’entreprise qui leur est restituée en tant qu’actionnaires ;
  • Les administrateurs représentant les salariés au sein du Conseil d’administration apportent un regard critique permettant d’optimiser la stratégie de l’entrepriseen particulier les stratégies de valorisation du capital humain de l’entreprise. En effet, des études empiriques ont prouvé l’impact positif du partage des pouvoirs de gestion et de contrôle de la décision entre actionnaires et employés sur la performance des entreprises en termes de valeur économique et boursière ;
  • Les administrateurs représentant les salariés actionnaires détiennent des informations pertinentes en tant que salariés. Divulguées aux autres administrateurs, elles limitent l’asymétrie informationnelle entre administrateurs et dirigeants qui peut affaiblir la capacité de contrôle du Conseil sur l’exécution de la stratégie ;

Partant de cette littérature académique, les deux économistes proposent un modèle économétrique analysant les entreprises du SBF 120 pour apporter des réponses aux questions suivantes :

Existe-il une relation entre la présence des salariés dans le capital et la performance de l’entreprise (ROA, ROE, ROI) ?

Oui, l’actionnariat salarié a un effet positif et significatif sur la performance de l’entreprise. Il augmenterait de +2,72 points de pourcentage le ROI, de + 3,53% le ROE et de + 2,04% le ROA. Ces résultats légitiment le fait d’associer des salariés actionnaires aux décisions de redistribution des profits. Des études alertent toutefois sur la présence d’effets ambivalents quand l’actionnariat salarié dépasse certains niveaux : l’étude de référence Faleye et al. (2006) montre que les effets positifs de l’actionnariat salarié sur la performance de l’entreprise sont plus importants pour des niveaux modérés (en deçà de 5% de capital) et qu’ils ont tendance à diminuer au-delà de ce seuil.

Existe-il une relation entre la présence de salariés au sein du Conseil d’administration et la performance de l’entreprise ?

Non, la présence d’administrateurs représentant les salariés actionnaires au sein du Conseil d’administration n’a pas d’effet notable sur la performance de l’entreprise.

Existe-il une relation entre la présence des salariés dans le capital et la politique de distribution des liquidités de l’entreprise ?

Oui, un fort taux d’actionnariat salarié a un effet négatif significatif sur le montant des dividendes versés aux actionnaires (-19.2%) et le volume des opérations de rachats d’actions lancées (-36.6%).

Existe-il une relation entre la présence d’administrateurs salariés et la politique de distribution des liquidités de l’entreprise ?

Oui, la présence d’administrateurs représentant les salariés actionnaires au capital de l’entreprise a également un effet négatif sur le montant de dividendes versés aux actionnaires. Toutefois, elle n’a pas d’impact notable sur les opérations de rachat d’actions. Cette conclusion rejoint les travaux d’autres économistes qui constatent que la participation des salariés à la gouvernance d’entreprise conduit à favoriser la rétention des profits au bénéfice des salariés et de l’entreprise elle‑même. En effet, si les profits sont moins distribués aux actionnaires externes, ils peuvent bénéficier davantage à l’autofinancement des projets d’investissement de l’entreprise ou à la revalorisation des salaires.

Source : Cet article est issu de la veille hebdomadaire effectuée par la FAS, partagée avec les adhérents de l’AASGO. La FAS est membre de l’Observatoire des Actionnaires d’Avenir (OAA) et participe à son Comité d’orientation.