Expression directe

Je boursicote, tu boursicotes…

La présentation du rapport annuel de l’AMF par son Président Robert Ophèle a permis de confirmer l’intérêt des particuliers pour la Bourse. Au premier trimestre 2022, les particuliers sont restés très présents en bourse. L’AMF dispose de deux angles de mesure :

  1. Les particuliers qui passent par des intermédiaires installés en France, ce sont essentiellement des particuliers français, quelles que soient les valeurs sur lesquels ils interviennent (image 1 ci-dessous) ;
  2. Les particuliers qui interviennent, quel que soit l’intermédiaire de l’UE qu’ils utilisent, sur des valeurs dont l’AMF est responsable de la supervision ; ce sont à 60 % des particuliers Français et à 40 % des particuliers étrangers (image 2 ci-dessous).

Le premier indicateur montre une stabilisation à haut niveau, le second une poursuite de la progression.

L’AMF propose par ailleurs trois observations complémentaires :

  • La montée des ETF sur le graphique du bas (165 000 particuliers actifs au T1) et qui se retrouve au niveau des valeurs (plus de 10 % des transactions) ;
  • La montée du recours aux prestataires de l’UE non installés en France et qui correspond à la place que prennent les « néo-brokers » qui proposent des services de trading très conviviaux et se rémunèrent notamment en vendant à un participant de marché les flux qu’ils intermédient (PFOF) ; L’AMF souhaite la disparition de ce dispositif dans le cadre de la revue de MIFIR, mais quelques pays y sont attachés.
  • Cette montée laisse à penser que la fraction des opérations des Français que l’AMF ne mesure pas – à savoir les opérations réalisées sur les valeurs dont ils n’ont pas la responsabilité via des intermédiaires non français – est croissante. Elles sont connues des autorités de ces intermédiaires mais ne leur sont pas transmises.

Il est aussi intéressant de noter que la finance digitale peine à trouver un encadrement.

  • La finalisation du cadre réglementaire européen dans lequel devront s’insérer les autres crypto-actifs (MICA) fait toujours l’objet de discussions en trilogue, ce qui est regrettable alors que les évolutions récentes du marché, qui a globalement perdu un tiers de sa valeur au cours des derniers jours et mis en évidence la fragilité du concept de stable coinmontre l’urgence à disposer d’un cadre réglementaire adapté.
  • La digitalisation va bien au-delà des crypto-actifs et des technologies de registres distribués. Elle se diffuse dans la commercialisation auprès des particuliers de tous les produits financiers sur la base fondatrice du marché unique qu’est la libre prestation de services financiers. Cela signifie que la commercialisation transfrontière des produits financiers progresse rapidement.
  • Or le mode de régulation de ces services transfrontières qui s’appuie quasi exclusivement sur le cadre réglementaire du pays de localisation du prestataire de services et sur son autorité de supervision locale n’est pas satisfaisant. En l’état, les autorités des pays où les services sont proposés sont quasiment aveugles, il n’est pas possible de savoir quels services sont effectivement proposés ; cela encourage les localisations dans les pays où la régulation est la plus allégée et in fine cela limite singulièrement la capacité des particuliers à faire valoir leurs droits, puisque ce sont les dispositifs de médiation et de recours du pays d’origine qui s’appliquent. Il y a là les ingrédients d’une remise en cause fondamentale de ce principe de libre prestation de services. Pour le préserver, il faut absolument renforcer le rôle de l’ESMA et celui des autorités des pays « hôtes ».

Source : Cet article est issu de la veille hebdomadaire effectuée par la FAS, partagée avec les adhérents de l’AASGO. La FAS est membre de l’Observatoire des Actionnaires d’Avenir (OAA) et participe à son Comité d’orientation.