Expression directe

Actionnaires Institutionnels et AG

Le cabinet d’avocats américain Fenwick a publié un article sur l’engagement des actionnaires institutionnels, qui vise à répondre à la question suivante : pourquoi une entreprise devrait-elle pratiquer l’engagement envers ses actionnaires institutionnels ?

  • Pour générer de la bonne volonté à son égard en créant des liens avec ses investisseurs clés de long terme. Le dialogue continu est la clé pour comprendre les facteurs de décision dans le vote de ces actionnaires et en retour leur permettre de mieux comprendre l’approche de la société sur ses enjeux clés (gouvernance, rémunération, développement durable…). De plus, lors d’une crise, ces relations approfondies permettent de maintenir le lien de confiance.
  • Pour contrer les actionnaires activistes. Le succès de ces activistes nécessite le soutien des actionnaires institutionnels, qui sera d’autant moins probable si l’entreprise a construit une relation de confiance avec ceux-ci et prend en compte leurs observations dans son processus de décision.
  • Pour répondre aux attentes des agences de conseil en vote (proxy advisors). ISS et Glass Lewis ont toutes deux des critères d’évaluation de l’engagement actionnarial, qui les aident à déterminer leur position sur le vote des résolutions de l’entreprise. Leurs attentes portent notamment sur la publication du détail concernant les actions d’engagement avec les actionnaires institutionnels de l’entreprise : nature de l’engagement, observations spécifiques soulevées par les actionnaires et actions prises par l’entreprise pour y répondre.

Dans les tendances pour 2021-2022, le rapport note que la stratégie et les résultats ESG seront le point d’attention central des actionnaires institutionnels dans leurs discussions avec les entreprises. Blackrock souhaite aborder la gestion des risques sociaux avec plus de 150 entreprises et des risques climat avec plus de 1000 entreprises. State Street va centrer ses discussions sur les risques climatiques et la diversité dans les postes de direction. Vanguard souhaite mieux comprendre comment le Board gère le sujets ESG.

Des tendances qui reflètent les attentes des actionnaires individuels, comme le prouvent les récents sondages et études (veilles du 9 juillet, 24 juin, 18 juin notamment).

Si l’engagement actionnarial est une question de suivi sur le long terme, sa concrétisation se manifeste plus particulièrement au moment de l’Assemblée Générale.  La question des AG virtuelles, sujet faisant l’objet de points de vue divergents en France, a d’ailleurs largement alimenté un débat similaire aux Etat Unis : sont-elles un facteur d’engagement ou de désengagement des actionnaires ?

Dans un éditorial pour Forbes, Bruce Goldfarb, CEO de Okapi Partners, note que ces AG virtuelles fonctionnent globalement bien pour des Assemblées qui ne contiennent pas d’enjeux saillants pour l’entreprise organisatrice. Néanmoins, il déplore qu’elles ne soient pas adaptées aux batailles impliquant des actionnaires activistes ou dissidents qui veulent mettre face à leurs responsabilités le management de l’entreprise. Il appelle les entreprises à développer systématiquement des procédures transparentes pour mieux permettre l’expression des oppositions lors des AG virtuelles, notamment par la possibilité de poser des questions.

Il critique en outre l’opportunité pour l’entreprise de sélectionner les questions posées en amont ou au cours d’une AG virtuelle, au contraire d’une AG physique où le management est forcé de répondre à toutes les questions posées par l’audience. Autre critique, il estime que les modalités de vote induites par les AG, notamment le vote par des plateformes électroniques dédiées, pourraient exclure certains actionnaires manquant de compétences numériques.

A contrario, pour d’autres, les AG virtuelles permettent un engagement renforcé des actionnaires. Ils s’appuient sur les constats de Lumi, fournisseur de solutions techniques de vote lors des AG qui a déclaré avoir noté dans sa base de clients un engagement plus fort des actionnaires en 2021. Cette année, l’entreprise a aidé à organiser 2 756 AG virtuelles dans le monde avec 180 360 actionnaires participants et un nombre moyen de questions posées par les actionnaires de 17 (contre 6 en 2020). Lumi pressent que le modèle futur de l’AG sera partiellement virtuel. Il en veut pour preuve qu’au Royaume-Uni, à Hong-Kong et aux Pays-Bas, les AG mêlant présentiel et virtuel ont déjà représenté en 2021 respectivement 34%, 45% et 19% des AG dans ces pays.

Source : Cet article est issu de la veille hebdomadaire effectuée par la FAS, partagée avec les adhérents de l’AASGO. La FAS est membre de l’Observatoire des Actionnaires d’Avenir (OAA) et participe à son Comité d’orientation.