Résultats et actions gratuites FT

Résumé et commentaires des résultats du premier semestre 2011

France Télécom a annoncé des résultats semestriels témoignant d’une bonne résistance dans un contexte difficile. Le marché les a salués par une hausse de 0,77% du cours de l’action alors que l’indice CAC 40 était en baisse le 28 juillet de 0,57% (à titre de comparaison les résultats et perspectives décevants d’Alcatel et de Vallourec ont entraîné le même jour une chute des cours respectivement de 15,32% et de 16,95% .

La société a annoncé le versement d’un acompte sur dividende inchangé, de 0,60€ par action, le 8 septembre 2011.

Le conseil d’administration du 27 juillet 2011 a décidé le principe d’une attribution d’actions gratuites aux salariés en France et à l’international, pour un montant global de l’ordre de 275 millions d’euros. L’acquisition définitive de ces actions sera conditionnée par un cash flow opérationnel de 27 milliards d’euros sur la période 2011-2013 (l’objectif de 9 milliards d’euros de cash flow opérationnel pour 2011 a été confirmé).

Le comité d’entreprise a été informé de l’intention d’attribuer 133 actions à chacun des salariés en France.

Les actions gratuites ne seront acquises –sous réserve du respect de l’objectif de cash flow- qu’au bout de 4 ans. Elles ne feront pas l’objet d’une obligation de conservation.

Principaux résultats du 1ersemestre 2011

Le chiffre d’affaires s’établit à 22569 millions d’euros (contre 22873 millions à base comparable au 1ersemestre 2010). Dans un contexte économique défavorable, les ventes ont résisté grâce notamment aux mobiles. Globalement le nombre de clients est en progression de 7%.

L’EBITDA s’établit à 7613 millions d’euros (8056 millions au 1ersemestre 2010) ; la marge d’EBITDA (EBITDA/chiffre d’affaires) baisse de 1,5% à 33,7%, en raison principalement de la progression des charges commerciales en France et en Espagne, de la non répercussion partielle aux usagers de la hausse de la TVA en France, de la chute du chiffre d’affaires en Côte d’Ivoire et en Egypte.

Les investissements (CAPEX) ont été de 2469 millions, soit 10,9% du chiffre d’affaires.

La dette financière a été ramenée de 31840 millions fin juin 2010 à 30285 millions fin juin 2011 (1,91 fois l’EBITDA).

Le résultat net est ramené à 1945 millions d’euros (3725 millions d’euros en 2010). Cette baisse de 46% est principalement due au caractère non récurrent du produit de l’apport au 1ersemestre 2010 des actifs britanniques à la joint venture FT/DT Everything Everywhere (1130 millions d’euros), à la baisse de l’EBITDA (540 millions), à la hausse de l’impôt sur les sociétés (+338 millions), à des dépréciations d’actifs en Afrique (77 millions, notamment au Kenya). Les frais financiers sont en baisse, ce qui a permis d’améliorer de 27 millions d’euros le résultat financier.

Le cash flow opérationnel (retraité des éléments exceptionnels) est de 5144 millions (5813 millions sur une base comparable au 1ersemestre 2010).

France Télécom a annoncé avoir engagé le processus de cession des activités d’Orange en Suisse. Ceci est la conséquence du refus de l’autorité helvétique de la concurrence d’autoriser leu fusion avec celles de Sunrise. France Télécom considère qu’à défaut d’une taille suffisante, il n’est pas possible de concurrencer rentablement Swisscom.

Par ailleurs France Télécom a annoncé le lancement d’une marque low cost « Sosh », avec une « offre souple, sans engagement…avec deux types de forfaits très attractifs en prix » avec ou sans terminal, commercialisés uniquement sur internet. L’objectif est de préparer l’arrivée de Free sur le marché français des mobiles. France Télécom suit la même voie que SFR (offre Eco avantage lancée en juin 2010) et Bouygues Télécom (forfaits « B & you).

 

Les résultats du Groupe France Telecom au 1er semestre 2011.

 

Les responsables du Groupe FT ont annoncé plutôt positivement le 28 juillet dernier, les résultats du groupe pour le 1er semestre 2011 et ont été suivi dans cette approche par les marchés dans une période peu propice aux investisseurs…

Le tableau ci-après traduit l’évolution du chiffre d’affaires du groupe au cours des années complètes 2008, 2009, 2010, et des premiers semestres 2008,2009,2010,2011.

Il s’agit de données dites « publiées ou historiques » et non de données dites en « base comparable » qui intègrent les évènements exceptionnels de gestion ou autre.

Les données  du tableau sont en millions d’euros

 

Année 2008

Année 2009

Année 2010

1er sem 2008

1er sem 2009

1er sem 2010

1er sem 2011

CA historique

53 488

50 952

45 503

26 304

(23295)

25 458

(22 917)

22 144

22 569

CA France

23 726

23 639

23 308

11840

11 694

11 590

11 305

CA RU

5 926

5 108

 

3 009

2 541

 

 

CA Espagne

4 067

3 887

3 821

2 017

1 921

1 867

1 943

CA Pologne

5 184

3 831

3 934

2 594

1 900

1 963

1 902

CA Reste du monde

8 322

8 308

8 248

3 927

4 112

3 663

4 281

CA Entreprises

7 785

7 559

7 216

3 635

3 836

3 576

3 548

CA Opér et sces partagés.

1 349

1 388

1 600

 612

688

780

774

(Les données entre parenthèses pour les CA des 1er semestres 2008 et 2009 sont les CA hors RU)

Ce tableau permet à nouveau de constater l’effet de la crise économique mondiale qui a un impact significatif des le second semestre 2008 et surtout en 2009. La baisse des chiffres d’affaires enregistrée est la conséquence directe de la chute de la croissance économique et de la valeur du change (cas du RU et de la Pologne notamment), l’euro restant une monnaie forte; elle est aussi la conséquence de mesures fiscales et  de régulations. A partir de 2010 la filiale anglaise n’est plus consolidée dans les résultats du groupe tels qu’indiqués ici.

Si l’on s’en tient aux chiffres d’affaires des seuls 1er semestres, on constate   que le Groupe traverse une période difficile qui voit son chiffre d’affaires consolidé chuter de près de 800 millions d’euros en 4 ans alors qu’il bénéficie de périmètre d’activité plus important (Egypte, Maroc notamment). Ainsi pour le 1er semestre 2011 le CA consolidé progresse de près de 2% mais baisse de 1,3% en base comparable…

Sur les marchés matures, France et Europe essentiellement, le Groupe résiste assez bien mais au prix d’une érosion sévère de ses marges. En effet le nombre de clients continue à progresser sauf en France où pour la première fois le nombre de clients mobiles a baissé.

Observons le marché français et son évolution.

 Le chiffre d’affaires du secteur des télécommunications était de 40,6 milliards d’euros en 2008, 40,7Mds € en 2009 et 41Mds€ en 2010, soit  un marché stable, soumis à l’impact des mesures de régulation autant qu’à une sévère concurrence . Le nombre de clients de la téléphonie mobile (sur ce même marché) est passé de 58 millions en 2008 à 62,6 millions en 2010. Le nombre de clients de la téléphonie fixe est passé de 26,3 millions en 2008 à 21,4 millions en 2010. Le nombre de clients internet est passé de 18,7 millions en 2008 à 21,4 millions en 2010.

La part de marché global, en valeur,de France Télécom est  passée de 58% en 2008 à 56% en 2010. En parc clients mobiles la part de marché est passée de 43,4% en 2008 à  42% environ à la fin du 1er semestre 2011. Pour Internet  la part de marché clients est passée de 47% en 2008 à près de 42% à la fin du 1er semestre 2011.

Un constat s’impose :  FT subit en France une lente détérioration de ses parts de marché, sur tous les marchés, tendance qui s’accentue au cours du semestre écoulé. En fait l’entreprise ne semble plus capter que moins du quart (22%) des nouveaux clients haut débit internet alors qu’elle a commencé à perdre des clients mobiles au cours du semestre écoulé. On peut craindre un chiffre d’affaires en France pour 2011 guère supérieur à 22,7 Mds€ soit une baisse de 1 milliards d’euros en 4 ans. Cette baisse pourrait s’accentuer sur les deux prochains exercices 2012 et 2013 avec une perte équivalente voire supérieure. Ainsi en 2013 FT n’aurait qu’environ 50% du marché français qui devrait globalement  rester stable, voire baisser suite à la baisse attendue des tarifs induite par l’arrivée d’un 4ème opérateur  mobile.

Un constat semblable pourrait être fait sur le marché polonais où la filiale d’Orange est en position encore plus inconfortable que FT en France.

Le tableau ci après indique l’évolution du nombre de clients du Groupe (données en millions de clients):

 

31/12/2008

31/12/2009

31/12/2010

30/06/2011

Clients mobiles

121,88

132,6

123,1

158,4

Clients résidentiels

47,4

46,7

45,4

44,7

Clients Internet

12,97

13,4

13,6

14,3

Total

182,31

192,7

182

217,3

 

Le nombre de clients mobiles évolue comme indiqué ci-après (données en millions de clients):

 

31/12/2008

31/12/2009

31/12/2010

30/06/2011

France

25,20

26,33

26,92

26,65

RU

15,99

16,51

 

 

Espagne

11,37

11,87

11,94

12,22

Pologne

14,18

13,71

14,33

14,53

Reste du monde

55,07

64,15

83,62

91,50

 

Mais le Groupe est fortement positionné sur les marchés d’Afrique et du Moyen Orient dont la croissance des marchés des télécommunications évolue au rythme de 8% par an. Ces marchés restent toutefois soumis aux « aléas politiques » et comportent des risques. (Les troubles en Côte d’Ivoire et en Egypte ont induit une perte d’EBITDA supérieure à 100 millions d’euros au cours du 1er semestre 2011.) La croissance du chiffre d’affaires  sur ces marchés devrait compenser la perte de chiffre d’affaires en France et en Europe de l’ouest sur les prochains exercices.

 

L’évolution de la marge d’EBITDA.

Par rapport au 1er semestre 2010, la marge d’EBITDA du 1er semestre 2011 baisse assez fortement de 5,5% en base comparable. Ceci est la conséquence de l’augmentation des charges plus rapide que la hausse du chiffre d’affaires. Ainsi les « achats externes » sont passés de 41,6% du chiffre d’affaires à 42,7% avec des charges commerciales et achats de contenus en hausse de près de 300 millions d’euros; quant aux charges de personnels elles sont passées de 19,3% du chiffre d’affaires à 19,9% (+250 millions d’euros).  On notera toutefois que la marge d’EBITDA,de 33,7% à 7,68 milliards d’euros sur le semestre, est remontée à 34,2% au cours du 2ème trimestre 2011.

Pour la France on constate une érosion continue de l’EBITDA qui devrait se situer à environ 8,2 milliards d’euros pour 2011, à comparer  à 9,85 Mds€ en 2008 ; ceci traduit une perte de compétitivité très importante. La marge d’EBITDA réalisée en France devrait rester supérieure à 50% de la marge d’EBITDA du Groupe pour 2011.

Les autres soldes intermédiaires de gestion:

Le  résultat d’exploitation:

Le résultat d’exploitation (4,17 Mds€) est en baisse de 11% (-540 millions d’euros) sur le 1 er semestre 2011 par rapport au 1er semestre 2010 essentiellement lié  à la baisse de l’EBITDA, et à la hausse de l’augmentation de la dotation aux amortissements et autres pertes de valeur des immobilisations.

Le résultat financier:

Il dépend essentiellement du coût de l’endettement. La dette n’ayant que peu diminué en 2010, le résultat financier du 1er semestre 2011 (-0,941Md€) est pratiquement équivalent au résultat financier du 1er semestre 2010.

  Le résultat net :

Le résultat net correspond au résultat d’exploitation diminué (ou augmenté) du résultat financier et de l’impôt sur les sociétés. Pour le 1er semestre 2011, il est de 2,095 milliards d’euros dont 1,945Mds€ attribuables aux actionnaires de FTSA. Ce résultat net est en baisse de près de 30% par rapport au 1er semestre 2010, conséquence directe de la baisse du résultat d’exploitation et de la hausse de l’impôt sur les sociétés. 

L’activité du Groupe au 1er semestre 2011:

Les Investissements:

Au 1er semestre 2011, le groupe a investi 2,74 milliards d’euros, dont 2,4Mds€ en achat d’immobilisations. Ce niveau est sensiblement supérieur (+0,236Md€) à celui du 1er semestre 2010.

Le cash flow:

Le cash flow organique est resté d’un bon niveau au 1er semestre 2011 (3,51Mds€) ; il est toutefois en baisse de 300 millions d’euros par rapport au 1er semestre 2010 en base comparable.

La dette:

La dette nette au 30/06/2011 a baissé d’environ 1,5Md€. Elle était à cette date de 30,28 milliards d’euros. Cette baisse correspond pratiquement au solde du Free cash flow après paiement des dividendes.

Perspectives:

Le second semestre 2011 pourrait s’avérer relativement moins favorable que le premier. Il semble en effet que la croissance marque le pas un peu partout dans le monde et notamment le monde occidental avec l’exacerbation de la crise de la dette des Etats.

Dans un tel contexte le Groupe a confirmé son objectif 2011 de « EBITDA-CAPEX » de 9 milliards d’euros hors éléments exceptionnels. Il a confirmé son plan stratégique 2011-2015 présenté aux investisseurs le 31 mai dernier, avec notamment deux phases:

- une phase d’adaptation 2011-2013 avec un taux de croissance annuel moyen de 0,6% et la stabilisation de l’EBITDA au niveau 2011 (33,5% environ) mais aussi la relance des CAPEX à 18,5Mds€ sur la période,

-une période de conquête 2014-2015 avec une ambition de croissance plus marquée de 2,7% par an et un EBITDA en hausse de 3,4% par an avec un retour du niveau de CAPEX aux environ de 10% du chiffre d’affaires.

Le Groupe a confirmé son engagement de versement d’un dividende de 1,4€ par action pour les exercices 2011 et 2012.

Ce plan laisse espérer des jours meilleurs …en 2014. D’ici là on peut craindre de sérieuses difficultés liées à une perte de compétitivité notamment sur les marchés français et polonais, la relance d’investissements en fibres optiques sans espoir de rentabilité, et les menaces juridiques qui se précisent, liées au droit de la concurrence et aux autres litiges qui ont conduit à des provisions pour risques de près de un milliard d’euros.

Mais pour terminer sur une note plus optimiste, si 2012 voyait vraiment le redémarrage de l’activité économique partout dans le monde et si le marché français des mobiles n’était pas si bouleversé par l’arrivée du 4ème opérateur….alors les 2 prochains exercices pourraient être plus stables qu’il n’y parait aujourd’hui.

 

Bernard Castanier

1er août 2011

0 réponses

Répondre

Vous souhaitez vous joindre à la discussion ?
N'hésitez pas !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>