Fusion entre E-Plus et Telefonica en Allemagne : supprimer un opérateur pour en augmenter le nombre ?

Ce titre paradoxal pour traduire ce que la Commission européenne a visé dans sa décision du 2 juillet 2014.

Tout le monde s’attendait à l’autorisation de l’absorption de E-Plus (filiale de KPN) par Telefonica en Allemagne. Mais on se demandait à quelles conditions.

La commission de Bruxelles allait-elle poser des conditions comparables à celles imposées il y a un mois à Hutchison pour l’absorption de Telefonica en Irlande ?

La réponse est certainement oui, quoique la méthode utilisée se soit affinée.

L’objectif affiché est de favoriser l’apparition de nouveaux concurrents et de renforcer la position des concurrents existants. Telefonica a dû prendre 3 types d’engagements :

-         Céder 30% de la capacité du réseau issu de la fusion à 3 opérateurs virtuels (MVNO) au maximum, contre des paiements fixes et non contre des paiements à l’usage comme d’habitude ;

-         Céder des fréquences et certains actifs soit à un nouvel opérateur entrant, soit aux MVNO bénéficiant des capacités réseau cédées ;

-         Etendre les accords de vente en gros passés précédemment par Telefonica et par E-Plus et proposer des services 4G à tous acteurs intéressés, ceci afin de renforcer leur position de négociation vis-à-vis des deux autres opérateurs, Deutsche Telekom et Vodafone.

Attention à l’illusion d’un passage de 4 à 3 opérateurs pour redresser leurs marges et préserver l’emploi

Le message de Bruxelles paraît clair. Pas question de réduire le nombre des opérateurs pour redresser les marges, avec comme objectifs de leur permettre d’investir dans le très haut débit et de sauvegarder des emplois, en demandant un effort de prix aux consommateurs. Si un opérateur disparaît, Bruxelles souhaite le renforcement d’opérateurs virtuels agressifs disposant des moyens de devenir à leur tour des concurrents puissants.

Ce message s’adresse évidemment à ceux qui dans d’autres pays, comme la France, pourraient faire un tel calcul.

D’abord rien ne démontre que le passage de 4 à 3 opérateurs permet mécaniquement aux prix de remonter. Cela n’est vrai que si chaque opérateur ne cherche en fait qu’à préserver sa part relative du marché. Mais si un des opérateurs veut au contraire augmenter ses parts de marché au détriment des concurrents, rien ne l’empêche de leur mettre la pression par les prix.

Ensuite Bruxelles a beau jeu de s’afficher en défenseur du consommateur et de dire aux opérateurs que pour dégager des marges supérieures, il n’y a pas que la hausse des prix, mais qu’il leur est aussi loisible de faire baisser leurs coûts.

Bruxelles n’est pas hostile à des achats en commun (comme Buy in pour les achats d’équipements de réseau d’Orange et de Deutsche Telekom) et à la mutualisation des réseaux. C’est en fait ce qu’il impose à Telefonica en Allemagne au niveau réseau, pour permettre l’entrée de concurrents plus nombreux que ce qui existait réellement avant!

Supprimer un opérateur pour mettre en place un dispositif permettant plus de concurrence, en musclant des MVNO qui survivent souvent difficilement. C’est la stratégie bruxelloise.

Avant de se lancer dans des fusions qui peuvent s’avérer coûteuses au regard de gains aléatoires, les opérateurs ont donc intérêt à faire preuve de prudence…d’autant qu’un mauvais calcul a toutes les chances d’obliger à des réductions de dépenses, y compris au niveau de la masse salariale…

Bruxelles ne s’oppose pas aux concentrations dans un pays, mais ne fera rien pour les favoriser. En fait sa priorité, ce sont les fusions transfrontalières avec l’objectif de faire baisser les coûts d’itinérance.

Philippe Bernheim

 

 

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